Giordano Bruno, 1548-1600. - Partie 1

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giordano bruno

Giordano Bruno, astronome italien, est surtout connu pour avoir péri brûlé vif sur le bûcher, comme hérétique. Condamné par la sainte inquisition au nom de l'Eglise catholique pour avoir défendu la théorie héliocentrique énoncée par Nicolas Copernic, à savoir que la Terre n'est pas immobile au centre de l'Univers, mais qu'elle tourne autour du Soleil. Il sera également condamné pour avoir prétendu que l'Univers est infini et avoir envisagé la pluralité des mondes. Plus tard, c'est Galilée qui fera les frais du tribunal inquisiteur pour les mêmes raisons, l'obligeant à abjurer ses convictions scientifiques ...

La jeunesse de Giordano Bruno

Un élève studieux et assidu ...

Giordano Bruno (de son vrai prénom Filippo) naît en Janvier 1548 à San Giovanni del Cesco, petite bourgade de Nola, près de la cité napolitaine (alors sous domination espagnole). Issu d’une famille aux revenus modestes, il est instruit par l’école la plus proche de chez lui. Il étudie le latin, les auteurs classiques, dont Aristote. Pétri d’humanisme, il supporte mal l’arrogance et le pédantisme du monde enseignant.
A 14 ans, il se rend à l’université publique de Naples pour y apprendre notamment la mnémotechnique (l’art de la mémoire), matière dans laquelle il excellera. Parallèlement il suit des cours particuliers de philosophie, alors dominée par les modèles de Platon et Aristote.

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... très imprégné par la foi ...

Filippo, alors empreint de culture humaniste et philosophique, va alors se tourner vers la théologie. Le 15 Juin 1565, il entre chez les Frères prêcheurs de San Domenico Maggiore. Ce couvent est, outre un refuge incontestable en ces temps de disette et d’épidémies de peste, symbole de prestige dans toute l’Italie du XVIème siècle (ses titres sont réputés dans tout le pays). Son maître, Giordano Crispo, lui enseigne la métaphysique. Le jeune Bruno adoptera désormais son prénom, en son hommage.
Pendant une dizaine d’années, Giordano Bruno sera un dominicain modèle soumis à une culture dogmatique et pluridisciplinaire (philosophie naturelle, dialectique, rhétorique, métaphysique …) et à une devise : « par le verbe et par l’exemple ». D’abord élève brillant, il est ordonné prêtre en 1573.

... mais déjà attiré par des sciences contraires au dogme

Deux ans plus tard, il devient Lecteur en théologie. En apparence, il continue à vivre en dominicain modèle, soutenant des thèses sur la pensée de Thomas d’Aquin (dont l’influence est très forte) et de Pierre Lombard. Néanmoins, sa curiosité native et son goût de l’éclectisme vont rapidement le pousser à entrer en rupture avec la vision dogmatique. Giordano Bruno se passionne pour la magie, l’hermétisme (doctrine occulte de l’alchimie) et la cosmologie, ce qui est en complet détachement par rapport à la théologie. En parallèle, il étudie avec assiduité les œuvres d’Erasme, humaniste considéré par la Sainte Eglise comme hérétique depuis 1559 et dont les livres sont interdits. Il fini ainsi par entrer silencieusement en rébellion avec le dogme, qu’il finit par ressentir comme un véritable carcan théologique.

la basilique San Domenico Maggiore

Giordano Bruno entre en rébellion contre l'Eglise

La rupture

Dès sa première année de noviciat, il est accusé de profanation du culte chrétien, car il a ôté des images saintes de sa chambre, en particulier des images de la Vierge Marie.
Au fil du temps, Bruno se heurte de plus en plus fréquemment et violemment à sa hiérarchie, notamment à propos du dogme de la Trinité, qu’il renie. La rupture est consommée, une instruction est menée contre lui pour le déclarer hérétique, mais il anticipe la sentence et abandonne le froc dominicain.

L'apostasie

Il fuit et quitte Naples en février 1576. Le prix à payer sera pour lui une vie d’errance et de clandestinité, ou la promiscuité matérielle ira de pair avec la brièveté des séjours.  
De 1576 à 1578, Giordano Bruno parvient à survivre tant bien que mal en Italie. Il subsiste en donnant des leçons de grammaire ou d’astronomie, mais sa condition d’apostat l’oblige à changer très fréquemment d’endroit : Gênes, Noli, Savone, Turin, Venise, Padoue, Brescio, etc … Il parvient toutefois à publier un ouvrage, dont il ne reste aujourd’hui que le titre : « Des signes des temps ».

Un exil qui le mène à l'excommunication

Ne supportant plus cette situation, il s’exile. D’abord en France, Chambéry, puis en Suisse, à Genève. Il entre dans la communauté évangélique italienne du marquis de Vico, mais entre rapidement en conflit avec sa hiérarchie, dont il discute la compétence d’un des membres. En effet, il n’est alors qu’étudiant et affirme à un de ses professeurs qu’il en connaît plus que lui sur Aristote (rappelons qu’il est anti-aristotélicien). L’esclandre est d’importance, d’autant qu’il humilie en public le pédant. Cette incartade lui vaut une arrestation et une excommunication, le 6 Août 1578.

San Domenico et Erasme

Enfin, une vie de paix et de travail

Il fuit de nouveau, retourne en France, à Lyon puis à Toulouse. Celle qu’on appelle aujourd’hui la « ville rose » est alors sous l’autorité d’un dogmatisme religieux sévère. Bruno est néanmoins toléré et est autorisé à enseigner les mathématiques et la physique, il devient aussi « lecteur odinaire » de philosophie. Il publie également un ouvrage de mnémotechnique : « Clavis Magna ». Il se fait connaître par le roi Henri III, qui est impressionné par sa capacité mémorielle et par son ouvrage. Il le fait venir à sa cour (à Paris) et devient son protecteur, ce qui offrira cinq ans de paix, de stabilité et de sécurité à Giordano Bruno. Figurant parmi les philosophes attitrés de la cour, il enseigne au Collège des lecteurs royaux (le Collège de France) où il est nommé « lecteur extraordinaire et provisionné », ce laps de temps paisible lui permet de développer sa pensée. D’autant qu’il a le double avantage d’être dispensé de messe, alors que les autres professeurs y sont obligés, et de bien gagner sa vie.

Après tant de déboires et de tensions religieuses, il décide d’arrondir ses discours et d’adopter une position plus tolérante, notamment envers les protestants et les ligueurs. En 1582, il écrit une comédie satirique nommée Candelaio (Le Chandelier) ; cette œuvre, mêlant humour raffiné et satyre brutale, confirme son talent d’écrivain satirique, lyrique et ironique. 

Henri III

Une réputation sulfureuse qui lui colle à la peau

Giordano Bruno enchaîne les conflits

En Avril 1583, Bruno se rend en Angleterre avec une recommandation du roi Henri III, d’abord à Londres puis à Oxford où il se voit attribuer une chaire par la reine Elisabeth. Il y reçoit un accueil froid et hostile. Bien que jouissant d’une brillante réputation, il est connu pour sa personnalité sulfureuse, et ses pensées dérangent fortement l’Eglise Anglicane. Face au géocentrisme ambiant, il s’oppose violemment aux docteurs universitaires anglais en soutenant publiquement les théories coperniciennes. Durant deux ans, il essuiera de nombreuses critiques, suscitant les passions, méprisant ses détracteurs qu’il traite de pédants et d’aristotéliciens. L’image orgueilleuse qu’il véhicule lui donne l’aspect d’un philosophe, théologien, et scientifique novateur, mais impertinent. Souvent attaqué, il réplique par la plume. En 1584, il sort 4 ouvrages : La Cena de le Ceneri (Le banquet des cendres), De la causa, principio, et Uno (La cause, le principe, et l’un), De l’infinito unverso et Mondi (De l’infini, l’univers et les mondes).

oeuvres de giordano bruno

La clairvoyance de Giordano Bruno

Héliocentrisme, infinité de l'Univers et pluralité des mondes !

Dans ces parutions, Giordano Bruno fait preuve d’une grande audace, et également d’une grande clairvoyance. Sa conception du monde y apparaît comme révolutionnaire, voire visionnaire. Il soutient en effet les thèses coperniciennes (héliocentrisme), il dépasse même son idée en affirmant : « L’Univers est infini, peuplé d’une multiplicité de mondes analogues au nôtre ». Bruno ira même plus loin que Copernic, en affirmant que la sphère des étoiles fixes n’existe pas, mais que ces étoiles ne sont ni plus ni moins que des soleils ! Il pressent que l’Univers est en mouvement, composé de mondes clos indépendants les uns des autres. Bruno, de part son intuition et sa logique, est un précurseur de l’astronomie moderne. Néanmoins, il reste pétri des croyances de son époque (alchimie, magie, etc …), il pense par exemple que la matière possède une âme sensible.

héliocentrisme

L’année d’après, il sort trois nouveaux livres qui approfondissent encore un peu plus ses idées et positions : Spaccio de la Bestia Trionfante (L’expulsion de la bête triomphante, œuvre ouvertement anti-calviniste et catholique), Cabala del cavallo Pegaseo (La cabale du cheval de Pégase, œuvre anti-Aristote), et enfin De gl’heroici furori (Les fureurs héroïques, oeuvre contre l’idée de centre du monde et de présence de Dieu).

bruno et copernic

oeuvres2

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