10 questions à Audouin Dollfus sur l'exploration du système solaire - Partie 1

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audouin dollfus

10 questions à Audouin Dollfus sur l'exploration de notre système solaire. La conquête de notre système solaire n'a jamais été aussi intense avec de smissions qui se multiplient en direction de toutes les astres, Soleil, planètes, satellites et même comètes : Soho, Messenger, Venus Express, Phoenix, Mar Reconnaissance Orbiter, Mars Global Surveyor, Cassini-Huygens, New Horizons, etc ... On fait le point de nos connaissances actuelles et à venir avec Audouin Dollfus, spécialiste du système solaire et astronome honoraire à l'OBServatoire de Paris Meudon !

Propos recuellis en Avril 2006 ...

Audouin Dollfus, vous êtes astronome honoraire à l’Observatoire de Paris-Meudon, spécialiste du système solaire. Vous avez notamment permis d’établir la composition chimique du sol martien et lunaire, vous avez également découvert Janus, satellite de Saturne.

L'exploration de Mars

Mars Exploration Rover

I /            Aujourd’hui, les robots Spirit et Opportunity de la mission Mars Exploration Rover sont sur place pour étudier au mieux les caractéristiques de la planète rouge. La mission est un grand succès car l’autonomie des robots dépasse toutes les espérances, ils ont ainsi pu constituer une très grande base de données.
L’Europe est également présente avec sa mission Mars Express, toujours en activité. Mais concrètement, quelles découvertes doit-on à ces missions ?

Les robots martiens Spirit et Opportunity ont remarquablement réussi les missions techniques et scientifiques qui leurs ont été confiées. Pour la première fois, il a été possible de faire des études chimiques minéralogiques, pétrographiques, cristallographiques sur les roches et grains de matière à la surface du sol martien. Et ceci en se déplaçant sur le terrain pour aller à la rencontre des points intéressants.

rover spirit et opportunity

Les connaissances acquises de la sorte permettent d’une part de comprendre la nature des terrains, de reconstituer leurs passés géologiques et de remonter à leurs origines, d’autre part de recenser les ressources disponibles sur les lieux, en particulier en ce qui concerne l’eau, pour la conduite des opérations futures à la surface de Mars.

lits de rivières et cratère

Mars Reconnaissance Orbiter et Phoenix

II /       La NASA a également envoyé en 2005 une nouvelle sonde vers Mars qui s’est mise en orbite très récemment : Mars Reconnaissance Orbiter. En 2008, la mission Phoenix devra également se poser sur le pôle nord martien. Que peut-on espérer de ces nouvelles missions ? Quels en sont les objectifs et en quoi diffèrent-ils de la précédente mission Mars Global Surveyor ?

missions martiennes

Les premières sondes martiennes orbitales Mariner et Viking américaines et MARS soviétiques ont dégagé les propriétés générales de la surface planétaire, la géographie, la géomorphologie des lieux. Elles ont identifié les effets du volcanisme, de l’impactisme, de l’érosion, de l’écoulement liquide, de l’interaction avec l’atmosphère. Elles ont permis de reconstituer l’évolution de ces différents processus et de leurs influences respectives en remontant dans le temps, et par conséquent de schématiser les phases successives qui ont marqué l’évolution de la planète depuis sa formation et sa solidification initiale jusqu’à nos jours. Ce travail fondamental est très remarquable.

olympus mons

Les nouvelles missions en orbite avec la sonde européenne Mars Express et les sondes américaines Mars Global Surveyor et Mars Reconnaissance Orbiter sont d’une autre nature. Avec les très puissantes caméras de bord, les radars et les lasers, elles se proposent une analyse très fine de la surface, à l’échelle décamétrique, puis métrique et même centimétrique, afin de découvrir des sites intéressants parce qu’ils sont l’objet de circonstances particulières ou le siège de phénomènes spécifiques. Leurs analyses permettent d’éclairer des processus particuliers à l’œuvre sur la planète et de servir aux explorations futures. Les autres instruments de télédétection à bord permettent un relevé plus global et une cartographie à distance de données fondamentales relevant de la composition, de la minéralogie, des modifications de l’état physique.

L'homme sur Mars

III /     Les Etats-Unis projettent à moyen terme d’envoyer des hommes fouler le sol de Mars. Nous savons déjà que les hommes ont la technologie pour le faire, ce n’est plus qu’une question de budget. Le voyage est très long (18 mois minimum pour un aller et retour) et nous ne savons pas comment l’homme peut se comporter dans un tel état de solitude et de promiscuité. Le jeu en vaut-il vraiment la chandelle ?

A ce jour, nous ne disposons pas de la technologie nécessaire pour envoyer des hommes séjourner sur Mars. L’opération demande des techniques et des connaissances qui font défaut. Il est proposé de passer par l’étape d’une station habitée permanente sur la Lune. Celle ci permettrait d’acquérir des techniques et des compétences.

Du point de vue de l’humain, les Américains ont moins d’expérience que les Russes. Le remarquable séjour de Poliakov dans la station Mir, de plus de 400 jours, a ouvert la voie. La station orbitale ISS permet des compléments. Mais l’expédition martienne demande un voyage beaucoup plus long, suivi d’une opération de débarquement, d’une longue survie au sol, d’activités programmées, d’un réembarquement puis d’un retour. Ces opérations successives, dont chacune doit être réussie, imposent sur les individus des contraintes qui ne sont pas encore mesurées.

poliakov

L'homme ou le robot ?

IV /      Du point de vue purement scientifique, quel intérêt peut apporter une telle aventure ? La question a déjà été soulevée par Serge Brunier dans son livre : « Impasse de l’espace, à quoi servent les astronautes ? ». N’y a-t-il pas des motivations cachées pour les Américains (politiques, militaires, …) derrière cette « astronomie du spectacle » ?

Du point de vue scientifique, il est évident que les recherches de science sur Mars s’orientent délibérément vers une exploration robotisée à distance. Les astromobiles Spirit et Opportunity sont des exemples. Les développements de la télé-activité, des drones, des robots, des micro-robots en réseau, des maillages de détecteurs sont en pleine expansion, pour toutes sortes de raisons. Leurs utilisations à la surface de Mars offriront des applications prestigieuses accompagnées des retours pour la science.
Si la présence d’hommes peut s’ajouter sur place à ce déploiement de télé-science, et si ces visiteurs sont en état de faire eux-mêmes de la science, il y aura un gain, c’est évident. Cela vaudra en particulier pour les études délicates, difficiles à robotiser, par exemple celles relevant de la biologie, des recherches concernant la vie martienne ou de ses vestiges.

serge brunier
Serge Brunier, dans son ouvrage, invoque un argument mal choisi. Pour lui, l’exploration de la Lune par les astronautes n’a rien apporté qui n’aurait pu être fait par des moyens automatiques. Il faut cependant apprécier le choix des échantillons lunaires recueillis sur les lieux par les astronautes et par conséquent la valeur de leurs analyses dans les laboratoires terrestres pour se convaincre que les connaissances sur la Lune y ont gagné. Une opération équivalente automatisée, avec choix sur place et retours programmés, se serait étalée sur des dizaines d’années.

échantillons lunaires

Quant aux motivations réelles de l’envoi d’êtres humains sur Mars, il est d’abord évident que, tel que présentées actuellement, il y a « astronomie de spectacle ». Derrière la scène, on trouve de nombreux éléments entremêlés, politiques, industriels, économiques, militaires, nationaux, dont certains sont inquiétants et dont tous ne peuvent être avoués.
Mais, au-delà de l’arrière scène et du spectacle, une raison profonde demeure, qui est la réponse à un rêve de l’humanité, ancestral, inscrit au plus profond des imaginaires. Aller sur Mars est une pulsion qui se reconnaît dans l’exploration de la Terre, la conquête de l’air, celle des pôles, de l’Himalaya, de la Lune. Répondre à de telles attentes sera une conquête parmi les exploits de l’humanité. Ce sera une satisfaction, une fierté et même une gloire pour ceux qui auront permis la réussite.

retour sur terre

Toutefois, s’agissant de valeurs s’inscrivant dans les subtils et magnifiques replis de l’intimité humaine, il se pourrait bien que l’attente même change de nature. Devant les déploiements sans précédents de la robotisation martienne, affirmant à l’homme sa télé-présence, une pulsion d’une autre nature pourrait bien se faire jour. On pourrait voir se dégager de la fierté a découvrir qu’une planète toute entière peut être télé-possédée, sans même qu’il soit nécessaire d’y exposer une seule vie humaine.

Mais alors, devant cette triomphante conquête matérielle, d’autres questions pourraient bien se faire jour. S’il n’y a pas réponse au rêve de la présence humaine, quels bienfaits cette télé-présence impersonnelle offrirait-elle à l’humanité ? Sans doute on fera gagner en science, avec l’exploration d’un nouveau monde. Mais l’opération sera très longue et la soif de connaissance assez tôt satisfaite. Sans autre réponse convaincante, et s’il doit rester quelques éléments inavoués dans quelques motivations profondes, l’interrogation pourrait demeurer.

La vie sur Mars

V /       Les Européens ne sont pas en reste. En 2011, le robot Pasteur de la mission Exomars, conçu par l’ESA, sera en charge de détecter la vie sur Mars ! Pourtant, un scandale a éclaté il y a peu de temps, faisant la une des médias : Les sondes américaines, mal stérilisées, ont contaminé le sol martien de bactéries terrestres qui, à la surprise générale, semblent pour le moment résister aux conditions de surface ! Cela peut-il avoir des conséquences néfastes pour l’exobiologie sur Mars ? Comment faire désormais la part des choses entre une bactérie terrestre et la découverte d’une éventuelle bactérie martienne ?

S’agissant de la présence de la vie ailleurs que sur la Terre, nous touchons là vraiment à une interrogation elle aussi parmi les plus profondes dans les pulsions de la personne humaine. Sommes-nous seuls dans l’univers ? Le processus biologique qui a fait apparaître la vie sur la Terre se retrouve-t-il ailleurs, ou bien sommes nous un cas unique et d’exception ?Le problème de l’exobiologie s’est d’abord posé dans des termes aussi simples.
esa
Avec des progrès dans la connaissance, on réalise déjà que, à l’instar de la vie terrestre, de multiples processus infiniment subtils et complexes peuvent entrer en action dans l’évolution de la création toute entière. La planète Mars s’offre à des recherches de cette nature. On est heureux que l’Agence Spatiale Européenne ESA se soit engagée dans ces études.

Dès après la fin de la deuxième guerre mondiale, on avait appris par l’observation télescopique que la planète Mars paraissait susceptible d’héberger la vie. On pensait même à l’époque que l’environnement à la surface de l’astre y était très favorable. Avant même les débuts des premières sondes spatiales pour atteindre la surface de l’astre, le problème de la contamination biologique de la planète a été évoqué. Craignant la prolifération de microbes terrestres apportés par les sondes et susceptible de brouiller la recherche d’une vie indigène, une commission internationale a recommandé et supervisé la stérilisation des sondes spatiales martiennes. Le problème, à l’époque de la guerre froide, a cependant un peu dégénéré, lorsque les forces antagonistes en présence ont joué de la surenchère pour compliquer la tâche de l’adversaire.

Dans la suite, lorsque qu’il est apparu plus clairement que la surface du sol martien n’est pas très propice à la prolifération de microbes terrestres, les tolérances de stérilisation ont été relaxées, tout en conservant un niveau raisonnable.

pasteur

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