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Audouin Dollfus est né le 12 Novembre 1924, d’un père aéronaute et conservateur du Musée de l’Aéronautique (Charles Dollfus, 1893 – 1981).
| Il évolue donc dès son plus jeune âge dans ce milieu qui conditionnera tout le reste de sa vie. |

En 1941, le 14 Juillet, il fait une observation qui sera pour lui une révélation. L’astronome amateur Jean Dragesco lui fait observer Mars dans sa lunette de 153mm de diamètre. Avec un grossissement de 200 fois, le jeune Audouin est émerveillé par le disque planétaire et les détails de la surface, ce souvenir restera gravé dans sa mémoire toute sa vie. Il décide alors qu’il consacrera sa vie à l’astronomie.
Dès 1945, il se rend à l’Observatoire du Pic du Midi de Bigorre, dans les Pyrénées, où il est initié par celui qui deviendra son mentor : Bernard Lyot.
Bernard Lyot est un ami du père d’Audouin Dollfus, Charles Dollfus, et célèbre inventeur du coronographe. Selon Audouin Dollfus, c’est grâce à cet homme, à sa rigueur et à la générosité de son enseignement qu’il est devenu un astronome accompli. Il observe là-bas dans une nouvelle lunette de 600mm de diamètre donnant des grossissements de 1000 fois, elle est alors la plus grande lunette du monde ! Audouin Dollfus étudie notamment Saturne à partir du mois de décembre, il est alors loin de se douter que la planète aux anneaux sera le théâtre d’une de ses plus grandes découvertes …



En parallèle, il étudie à la faculté des sciences de Paris et obtient son doctorat en mathématiques dès 1946. Il devient dans la foulée astronome assistant à la section astrophysique de l’Observatoire de Meudon, à Paris. Par la suite, il y deviendra aide astronome, puis adjoint, puis titulaire, et enfin honoraire …
Malgré sa situation à Paris, il se rend très fréquemment au Pic du Midi pour y effectuer des travaux en compagnie de Bernard Lyot.
En 1947, Audouin Dollfus est diplômé d’études supérieures de physique.
En 1948, il devient attaché de recherches au CNRS, puis assistant à l’Observatoire de Paris l’année suivante.
Très vite, il choisit de se spécialiser dans l’étude du système solaire. En effet, alors qu’auparavant l’étude du ciel portait essentiellement sur les objets diffus du ciel profond, notamment catalogués par Charles Messier, les planètes du système solaire étaient reléguées au second plan, ne suscitant qu’un intérêt très limité. Mais, suite aux premières observations de Mars au XIXème siècle et à la cartographie de sa surface (laissant apparaître tout un réseau de canaux qu’on croyait signe d’une présence civilisée), les astronomes se mirent à se passionner pour ces mondes mystérieux, passion dont le principal moteur et le but ultime était la recherche de vie extraterrestre.
Suite à ce nouvel engouement par la communauté scientifique de l’exploration du système solaire, la Société Astronomique de France créé en 1956 (à l’occasion du rapprochement de la planète Mars) la Commission des Surfaces Planétaires. Le but de cette commission est alors de publier de façon régulière des comptes rendus de travaux établis autant par les professionnels que par les amateurs. C’est Audouin Dollfus qui prend la tête de cette commission. De nombreuses réunions sont organisées pour échanger des observations, des idées et lancer des débats et de profondes discussions pour tenter de percer les mystères du système solaire. Les travaux les plus approfondis sont même publiés dans le revue de la SAF, l’Astronomie.


Audouin Dollfus focalise essentiellement ses travaux sur l’étude du Soleil et sur l’étude des sols planétaires grâce à la méthode de détection par polarisation de la lumière.
Il est ainsi chargé de déterminer la composition du sol martien, à la faveur du rapprochement de la planète à cette période. Il est vrai qu’avant qu’on y envoie la première sonde, Viking, ce sujet portait à débat.

Afin de déterminer avec la plus grande précision possible la polarisation de la lumière martienne, il faut veiller à ce qu’elle soit la moins « polluée » possible par l’atmosphère terrestre qui, par phénomène de turbulences atmosphériques et d’humidité trop importante, perturbent les trajectoires des rayons lumineux, et par la même occasion leur interprétation.
A l’époque, aucun télescope spatial du type Hubble n’existe, la seule solution est alors d’atteindre la plus haute altitude possible. Dollfus se rend donc à l’Observatoire du Pic du Midi, qui semble le meilleur site au monde à l’époque pour ce genre d’observation. Il fait notamment équipe avec Henri Camichel, Marcel Hugon, Jean Focas et Antoniadi (ce dernier cartographie de façon très précise, grâce à la grande lunette de Meudon, la planète Mars et démontre l’absence des canaux martiens !) …

Malheureusement, après quelques essais, il est évident que l’atmosphère est encore trop épaisse, la lumière martienne observée n’est pas exploitable pour des mesures précises … Et c’est là que l’observateur prend le costume d’explorateur. Audouin Dollfus, qui par un heureux hasard a été initié depuis toujours au voyage en ballon, va ainsi marier ses deux passions. Pour se faire, il retourne en région parisienne.

En véritable pionnier de l’exploration spatiale, il s’envole donc une première fois de la base de Villacoublay (Yvelines) en 1954 pour un vol en ballon à 7000 mètres d’altitude, la nacelle du ballon étant munie sur son côté du télescope. L’expédition est un succès, les résultats obtenus sont bons mais améliorables …
Afin d’obtenir des résultats absolument satisfaisants, l’altitude doit être quasiment doublée pour atteindre la stratosphère, afin que l’atmosphère terrestre ne soit plus handicapante. Le projet est une folie, et pourtant le professeur Dollfus et son équipe vont relever le défi !


Son équipe entame ainsi la construction en 1957-58 d’une nacelle étanche faite en aluminium (1.2mm d’épaisseur) recouvert de polystyrène (2cm d’épaisseur), pesant 42kg et mesurant 1.80m de diamètre. A son sommet, on installe un télescope de type Cassegrain de 500mm de diamètre. La masse totale de la cabine est ainsi de 105kg. Dans cette nacelle conservant les conditions de pression, de température et d’oxygène de la surface, l’explorateur s’envole donc une seconde fois le 22 Avril 1959, de nouveau depuis la base de Villacoublay. L’envol était initialement prévu pour la fin 1958, mais les conditions météorologiques défavorables repoussent l’échéance au printemps 1959 … Entre temps, l’objectif de la mission change lui aussi du fait du changement de la configuration du ciel, il s’agit désormais d’observer également l’atmosphère de Vénus, de la Lune et de la Terre.
Cette fois-ci, la structure du ballon est d’une toute autre nature … Il ne s’agit pas cette fois-ci d’une montgolfière, mais d’une sorte de « grappe de raisin » haute de 500 mètres (!!), constituée de 105 petits ballons en caoutchouc regroupés par groupes de 3 le long d’un câble central, qui est par étapes muni de charges de poudre sensées faire éclater progressivement les ballons ; le but étant de ralentir l’ascension et de stabiliser l’engin à une altitude donnée, puis d’effectuer la redescente en douceur. Bien qu’ingénieux, ce procédé est relativement approximatif, puisque le ballon est sensé se stabiliser entre 10 000 et 15 000 mètres.
L’objectif est finalement atteint, avec une stabilisation à 14 000 mètres, un record du monde ! L’observation par le télescope embarqué est un succès (grâce à la présence d’un télescope muni d’un spectroscope dont la mission était de traquer la vapeur d’eau dans l’atmosphère) et la redescente se déroule sans encombre, avec un atterrissage en douceur, 5 heures après le décollage.

Voici le récit complet de l’expérience relaté par Audouin Dollfus lui-même, minute après minute, sur le site du CNES (Centre National d'Etudes Spatiales) :
http://www.cnes-observatoire.net/site_0305/initiat_JEP_musees/12_museeespace.html

Grâce à ces résultats par photographie, photométrie et polarimétrie, Dollfus décide de déterminer la lumière polarisée de centaines de minéraux terrestres, jusqu’à ce que leur lumière corresponde à celle du sol martien. Après maintes expériences, il s’aperçoit que seul la limonite (Fe2O3) pulvérisée correspond. Il en conclu alors que le sol désertique martien est recouvert d’oxyde de fer. Ces conclusions sont contestées par l’astronome Gérard Kuiper (astronome qui donnera son nom à la célèbre ceinture de Kuiper, situé au-delà de l’orbite de Neptune) de l’Université de Chicago, qui trouve que cet oxyde de fer donne des résultats approximatifs. Il détermine ainsi que le matériau le plus approprié est une roche ignée à grains fins.
Les mesures de polarisation excluent toute idée de végétation sur le sol, mais la quantité d’eau décelée dans l’atmosphère est jugée suffisante pour envisager une certaine forme de vie sur la planète …
